01 avril 2008
Voilà c'est fini
plus envie de me coucher à poil devant le reste du monde (au moins, soyons honnêtes). plus envie de balancer mes tripes sur la table devant je ne sais trop qui finalement. plus envie. plus envie. plus envie.
au départ ça n'était pas le cas, mais certains commentaires me l'ont soufflé à l'oreille. probablement que je n'avais pas été assez claire dans mon message précédent (en même temps je ne suis pas claire, je suis rocket, je peux pas tout faire non plus).
un besoin de me resserrer contre moi très fort. rien que moi et les miens. abandonner le reste du monde pour ne penser qu'à moi. un besoin de changer d'endroit. je ne sais pas si c'est tout ce violet, mais j'étouffe à regarder ma page.
ça ne durera peut-être qu'une heure, qu'une journée ou quelques mois. ça durera ce que ça durera mon p'tit lapin si ça n'avait duré qu'une heure j'en aurais fait tout autant. je recommencerais peut-être ici, ailleurs ou même encore autrement. mais je ne veux plus me concentrer sous des yeux qui me connaissent trop à présent. des yeux dans lesquels je ne sais pas toujours lire ce qu'il y a vraiment.
(poisson d'avriiiiiiil)
(nan même pas)
(quel humour cette rocket, elle nous aura fait rire jusqu'au bout)
j'en profite pour dire à la personne qui est arrivée ici en tapant "Rocket nue" que c'était du figuré tout ça hein. les clichés de la honte de quand je serai célèbre sont bien cachés ailleurs, ils n'attendent que mon succès inter-planétaire pour faire la une de journaux pie-peuple.
28 mars 2008
Epilogue
et pour clore ce chapitre, je me suis mise à ne penser qu'à moi. j'ai quitté le boulot en me dirigeant vers la terrasse du Milano toujours remplie de jeunes coiffés la raie presque dans le cou tellement elle est sur le côté. quitte à me sentir en total décalage avec la planète entière autant aller là où je ferai tâche.
18h00, 2 vodkas-orange (ils ne connaissent pas la vodka-pesto) plus tard, je titube jusqu'au tram, le son bien trop fort dans mes oreilles. je perds pied avec la réalité, c'est vital. philippe prohom déteste l'espoir bien trop fort dans mes oreilles, je m'en fous je sais tellement qu'il l'a toujours vomi et l'a toujours fait boire, l'a toujours endormi. je le sais tellement que je flotte sur d'autres sonorités moins évidentes à l'oreille.
je titube jusqu'à la maison et l'homme a revêtu son habit de meilleur ami, il me sert dans ses bras et quand je lui dis que j'ai encore besoin de temps pour m'enfermer dans ma grotte il s'éclipse sans oublier de me resservir une vodka. je l'aime!
je mets ce qu'il y a de plus énergique dans la play-list, la curiosité hurle qu'elle a la mort triste et je hurle avec elle, kenny a la rage et je peste avec elle, philippe encore est une fébrile fuite face à sa petite peste noire et moi je saute, je hurle, je chante, je danse même peut-être qui sait? je me défoule, je viens de chier un gros morceau alors quitte à ce que ça fasse bizarre autant tout faire différemment de tous les jours.
je lis des mails de gens inconnus qui m'implorent de changer d'avis, de ne pas partir, ça fait du bien, forcément. mais je reste sur ma position, je ne lis plus le reste, les réponses, l'ignorance, le mépris tout ça. j'efface le forum de mes favoris, je retourne vers l'homme-ami-amant et sa musique envahit la pièce.
je me confie à mon ami, je lui dis tout ce que j'ai sur le coeur de tout ça, je me vide, quitte à en chier autant le faire d'un coup. je me vide de mon mal en me remplissant de vodka. je suis triste, vidée, rassurée, accomplie, fière de moi. j'ai posé le caillou que je gardais dans ma poche depuis si longtemps.
je ne vais aller que mieux, c'est une évidence. les doutes que j'ai eu entre temps n'étaient que des relans d'une culpabilité aujourd'hui envolée.
ce soir je suis comme hors du temps, comme ces nuits où tu as trop peu dormi d'amour, de boulot ou de stress. ce soir je suis une brindille fébrile qui tiendra le choc sous le mistral, parce qu'aujourd'hui je me suis purgée de 3 ans d'apnée.
Je déteste l'espoir
Il m'a toujours vomi, il m'a toujours fait boire, m'a toujours endormi
Puisqu'il faut se mentir pour vivre à peu près bien
A la vue de ton sourire j'ai de quoi perdre le mien
Mais à ce qu'il parait on s'habitue à tout
Même à la cruauté même à l'absence de goût
Solde de tout compte
je viens de me mettre à poil devant tout le monde. toute nue, total. par pudeur je n'ai juste pas écarté les cuisses, je n'ai pas brandi mon 90E, juste pour mon intégrité à moi. à moi.
j'ai écrit en très peu de phrases, sans vulgarité, que son agressivité m'avait touchée, blessée même. j'ai marqué à quel point ça me coûtait de quitter cet endroit ami et je l'ai dit publiquement. plus personne ne pourra donc ignorer. j'ai comblé les trous qui me pesaient. j'ai dit, j'ai montré du doigt. j'ai dit le mal.
j'en ai tremblé en alignant mes mots, tellement que j'ai dû boxer l'air de temps en temps pour reprendre de l'énergie. j'ai cliqué sur "envoyer" et j'ai donné mon mot de passe à quelqu'une qui a la mémoire très courte pour quelle le change, pour ne pas être tentée de réagir aux non-réactions de sa part.
désormais je lis juste et je vois que pendant que je suis à poil, il pète pour faire diversion. je m'en fous. je suis à poil moi. je l'ai fait ce truc qui me pesait depuis 2 ou 3 ans. je l'ai écrit noir sur vert publiquement qu'il y avait eu fracas. et c'était tellement ça dont j'avais besoin que la redescente en est éprouvante.
je ne tremble plus aussi fort, j'ai juste la gerbe et envie de courir sans plus jamais m'arrêter (quand je te dis que je vais pas bien!). j'aurais mis le temps, mais j'aurais fait ce qui me démangeait tant. j'aurais écrit noir sur vert ce qui me reste de ça aujourd'hui. devant ses yeux, devant les leurs, devant ceux qui vivaient tout ça depuis sans trop comprendre.
j'ai officialisé cet épisode qu'il tente désespérément de cacher, d'oublier, de nier. je me suis donné ce droit. il ne leur appartenait pas juste. je faisais profil bas pensant les épargner, je m'en oubliais. je viens de récupérer une sorte de légitimité, de dignité même.
je suis partie pour ne plus revenir. je l'ai dit et en général je m'exécute quand je parle. j'aurais pu faire comme la fois d'avant, partir d'un coup dans mon coin comme un oiseau qui se cache pour mourir mais pour tout ce que j'ai fait là-bas, pour tout ce que j'ai apporté, je me le devais. à moi.
j'ai l'impression d'avoir repris possession de moi-même. l'impression de m'être entendue et écoutée. quand tout ça sera retombé, j'espère pouvoir arriver à respirer. en attendant je me serais bien bu 2-3 vodka pures cul-sec.
Elle se tait la douleur, elle se tait!
en vrai j'ai pas une once de confiance en moi. ce qui me tient le matin pour me lever c'est son regard aujourd'hui, c'est son corps contre le mien la nuit, c'est son souffle chaud dans mon cou. ce qui me tient le jour, c'est notre nid, notre clan, notre bulle qu'on sait ouvrir aux autres. ce qui me tient le soir, c'est la douceur de m'achever contre sa peau, de m'occuper de nous, de bâtir cette forteresse tout autour. ce qui me tient quand il n'est pas là, c'est de savoir que la bulle n'est pas en danger. même dans les moments où je lui hurle dessus comme une hystérique fille, je sais que le repos est vers lui, que l'accomplissement c'est Nous. je sais que trop rien ne peut entacher le futur que je vois collée à lui.
et pourtant des douleurs passées viennent me perturber, sans danger, sans prises de décisions qui pourraient tout faire basculer, non. juste, ça vient remuer mon ventre, ma gorge, mes yeux, et même mes intestins. ça vient me foutre les nerfs aujourd'hui sur des vieilles rancœurs d'hier, ça vient me faire chier la bite et j'en ai marre. parce qu'on pourrait se demander si vraiment j'ai avancé, si vraiment je ne regrette pas cette histoire qui a été avortée dans l'œuf à peine fécondé, si je ne l'aime plus.
putain mais non je ne l'aime plus, je ne suis pas si névrosée que ça! non je n'aime plus le bourreau lâche qui m'a tenue éveillée des nuits par son absence et sa lâcheté. non je n'aime plus ce mec qui se révèle con et sans personnalité. non je n'aime plus, je ne désire plus, je ne fantasme plus ce qu'aurait dû être notre histoire à cette époque. non je ne chie plus sur ce qu'il s'est réellement passé. non!
mais putain, il reste là, comme une personne qui existe, il ne se fond dans aucune masse avec sa greluche. il habite mon monde malgré la distance et le temps et je lui voue parfois une haine et parfois une compassion sans limites. je crois m'être pardonnée de m'être trompée et d'avoir été lésée. je crois avoir compris que c'est la vie qui est comme ça cette salope, je crois avoir déshumanisé la situation pour me dire que je n'y suis pour rien. pour rien.
au contraire, je crois avoir plutôt été cool. je me suis tue quand j'aurais pu hurler des insultes au téléphone. je suis restée chez moi quand j'aurais pu aller chier sur leur paillasson, mettre le feu à la voiture ou faire cuire le lapin. je me suis éclipsée quand j'aurais pu semer le trouble dans la bande. je me suis recroquevillée quand j'aurais pu faire prendre parti et diviser le monde. j'ai avalé un glaviot énorme de force quand j'ai compris que ça ne marcherait pas au lieu d'aller cracher ma haine et tenter de récupérer ce qui devait être ma place. je suis devenue exemplaire quand il a fallu cacher ses mensonges à "ma concurrente" alors que c'était si simple d'utiliser d'autres armes que les miennes pour tenter de faire capoter leur vie, si combat je ne gagnais pas. je suis restée fidèle à moi-même. j'ai encaissé mais j'ai respecté, par honneur, pour pouvoir me regarder en face, moi. pas lui, moi. pour être qui je suis et ne pas me laisser emporter par les torrents néfastes de la passion, de l'abandon.
tout ça pour quoi? tout ça pour qu'aujourd'hui son regard sur moi soit aussi haineux que si j'avais tout ruiné. tout ça pour me prendre du mépris silencieux ou des insultes infondées en plein dans la face. tout ça pour rien.
alors oui j'ai mal et j'ai la haine au bord des yeux. oui j'ai mal et je voudrais entendre que j'ai été bien, que j'ai été intègre, que j'ai fait ce que j'ai dit et que je ne les ai plus importunés. je voudrais qu'il se rappelle que si je n'ai pas la place la plus difficile dans cette histoire, je n'ai pas la sienne à lui, la plus salope, la plus lâche et la plus méprisable. je voudrais qu'il s'en souvienne et qu'il le reconnaisse, qu'il le montre, qu'il le dise. qu'il m'apaise.
alors je hurle, je sors les griffes et les ongles et je monte au créneau dès qu'il montre les dents. je veux cette reconnaissance que je n'aurais jamais. je veux voir, lire, entendre, sentir qu'il est désolé. je ne le veux pas à la vue de tous, je le veux pour moi. pour moi. pour maintenant, pour après. pour mon beau merle qui ne doit pas se sentir serein que tout ça me remue autant. je le veux parce que je le mérite bordel! je le veux pour que ça cesse d'exister, que ça me libère et qu'il meurt en moi.
mais je ne l'aurais jamais alors quoi?
27 mars 2008
Mauvaise pioche
je regarde son travail qu'elle m'envoie via msn et j'adore. les commandes qu'on lui passe, elle les remplit avec tant de grâce. c'est simple et sobre mais c'est beau, lumineux et sombre à la fois et ça parle. cette fille a un talent fou, un don de la réalisation esthétique, quelque chose d'enviable.
et moi, pendant ce temps-là où elle est douée à colorier les espaces vierges, je suis quoi moi?
je voulais avoir une jolie voix rare aigüe et grave, jouer de tous les instruments sans évacuer une seule goutte de sueur. j'aurais voulu pouvoir écrire sans réfléchir d'un flot, aligner les émotions, le suspens et le rêve dans des pavés de papier qu'on lirait en 2 jours. j'aurais aimé être la meilleure actrice du monde qui pourrait jouer tous les rôles sans qu'elle en devienne agaçante et qui serait jamais suffisante. j'aurais même pu être la nouvelle muriel hermine et j'aurais même pas eu besoin d'un pince-nez pour faire mes brouettes dans l'eau. j'aurais pu m'exprimer par des peintures, des couleurs, et rester toujours belle avec les traces dans les cheveux. j'aurais même pu décorer des appartements avec goût sans être obligée d'animer une émission un peu pourrie le dimanche soir. et peut-être que j'aurais aussi voulu déambuler sur des podiums, sublimée par des robes hors de prix en chocolat, le sourire accrocheur, le rêve des autres dans les étoiles de leurs yeux.
au lieu de ça, du haut de mon 90E (j'en profite hein, je le replace) je sais classer mes papiers, gérer les conflits avec les impôts, anticiper le néant du frigo, doucher le chien qui pue la savane, trier le linge pour pas le faire décolorer, répondre au téléphone et trier les poubelles.
alors c'est pas que c'est pas utile. mais je voulais être une créature céleste dans le béton armé du monde, et je ne suis qu'une bonne à enfanter sans progéniture. alors bon. quand même.
25 mars 2008
Cachez ce sein que je ne saurais voir
alors oui c'est vrai, plutôt que de m'enfiler un énième sandwich que tout ce pain finit par me constiper et me faire enfler le corps j'aurais pu aller m'acheter une salade que je serai revenue manger tranquillement à mon bureau, loin des boutiques, en lisant le dernier Gavalda que je trouve pas superbement écrit que je sais pas si elle a changé en moins bien ou si j'aime plus mais je suis déçue, un peu.
mais ce matin en courant derrière le tram' ce n'est pas un mais deux de mes seins, donc tous en fait, qui sont sortis de leur logement pour venir s'entrechoquer l'un l'autre et me gêner à mort. alors je me suis dit que je n'en pouvais plus et qu'il me fallait un soutif qui me tienne, un truc de qualité. parce qu'a priori le pain ne me fait pas enfler que le cul. (ceci dit j'ai quand même eu l'air moins con que la fois où mon sein était sorti de mon soutif lui-même sorti de mon ticheurte en courant derrière le bus)
je suis arrivée chez Orcanta toute dépitée et branlante de la mamelle et quand j'ai vu la vendeuse je suis tout de suite allée lui confier mon désarroi de l'épisode du footing quotidien. j'aurais très bien pu aller chez achéhème me doter d'une parure de pute pour moins cher mais vois-tu achéhème je tiens pas plus de 15j dans leur lingerie avant qu'une baleine ne vienne me perforer le sein, qui heureusement est en graisse naturelle véritable et du coup ne se dégonfle pas en sifflant me faisant voler telle une baudruche crevée à travers toute la pièce. et puis, il faut bien le dire, ce que j'aime chez Orcanta c'est que la dame elle rentre avec toi dans la cabine et elle te tripote pour bien t'ajuster le vêtement sur ton corps sublimé par les lumières douces. et moi, ça j'aime ça. elle me cale, elle me dorlotte le nibard et ça me fait un bien fou au moral.
nous sommes donc passées derrière le rideau et je lui ai montré l'ampleur du massacre de mon torse et elle a eu l'air toute surprise. elle est partie faire un tour, est revenue avec un nombre irraisonné de modèles magnifiques et m'a dit "nous allons essayé celui-ci" quand j'ai aperçu l'étiquette qui mentionnait un 90D. je lui ai dit "heeeu vous êtes sûre que vous vous êtes pas trompée?" ce à quoi elle a répondu "ha oui pardon, voici un 90E". je l'ai regardée d'un air suspicieux, mais comme elle insistait du regard j'ai enfilé le joli modèle de chez Chantelle qui m'allait comme la pantoufle de vair à Cendrillon (ouais t'as vu? ayai je me fends de majuscules pour les noms propres). et puis comme j'ai plus voulu le quitter ce soutif magique qui englobe la totalité de mes seins bein j'ai dû repartir avec et acheter le shorty.
15 ans après que mon père m'ait expliqué quelle serviette périodique choisir en fonction du flux de mes règles (sans déconner ce jour là, la féminité m'était apparue beaucoup plus limpide), une vendeuse très jolie et douce vient de m'annoncer que non, contrairement à ce que j'ai toujours cru, je ne fais pas du 95C mais du 90E (ça s'voit pas là mais comment j'me la pète depuis tout à l'heure, j'ai déjà appelé toutes mes copines pour les faire bisquer!), elle vient de transformer, ma vie et surtout ma silhouette!
Amour, Prozac et autres curiosités
la maison paternelle commence à se remplir, nous sommes dans les derniers à pointer le bout de notre nez. pour la première fois depuis peut-être 30 ans, ma mère me dépose chez mon père en garant la voiture, en descendant l'allée, en entrant dans le salon parmi mon autre famille. ils se revoient et il se reconnaissent tout de suite et moi je ne regarde pas, non. je les laisse à leurs retrouvailles, je ne veux pas savoir si ça ébranle de retrouver ton ex-beau frère que tu n'as pas vu depuis l'âge de tes 25 ans. je ne veux pas violer cette intimité que je n'ai jamais vraiment connue, je veux les laisser. alors je me jette dans les bras de mes frères, contre leurs pecs et je leur parle avec mon accent gitan de quand on est tous ensemble.
les groupes se forment, tout le monde parle fort dans n'importe quel sens. je me tais et je me dis que personne ne se dit trop rien. ma mère est coincée entre deux autres corps et semble un peu chamboulée par tout ce brouhaha ambiant, toute cette agitation qu'elle ne m'a forcément jamais connue. elle ne perd pas pied, elle constate que ma tante est déjà 4 fois grand-mère, elle me regarde en coin, boit son verre et avant que ça devienne incommodant rentre chez elle. je la raccompagne à sa voiture sous les gouttes d'eau froides qui tombent du ciel et je rentre m'abriter avec le boudin de chien. je m'arrête un instant pour courir vers la voiture, la serrer dans mes bras et lui dire que je l'aime mais je me trouve ridicule alors je rentre dans la maison et je chasse cette élan de mon esprit. je commence à en avoir marre de toujours être émotionnellement remuée.
un cousin un peu éloigné nous rejoint, certainement perdu de ne pas nous connaitre vraiment. je me sens l'âme passerelle alors je l'invite vers nous, je lui pose des questions, pas trop, je sens dans son regard et les cancans familiaux que la tribu lui a fendu l'âme quelque part. je parle seule avec lui et je vois son œil franc se planter dans les miens, me déstabiliser et me rappeler ce premier amour qui m'a tant torturée. alors je m'éloigne et je fais tourner marie-jeanne.
quand je vais me coucher, l'homme grésille déjà le silence de la nuit collé contre son boudin de chien, mon frère tentant de trouver le sommeil sur le canapé d'à côté. je tremble, j'ai froid, j'ai peur. je me cale contre son corps chaud endormi, je repasse ma vie en accéléré dans ma tête, celles des autres. il ouvre son bras, m'attire contre lui, mon pouls ralentit, je ne tremble plus.
l'homme sait m'apaiser, de mes tourments, des autres et de lui-même. il est mon médicament contre la vie dure. je suis jean galfione, il est le matelas DIMA. je suis le talon écorché, il est le compeed. je suis le meuble en kit, il est le mode d'emploi en suédois.
l'anniversaire de l'ancêtre se passe bien. tout le monde tait ses hontes. de ma cousine interdite d'approcher son frère par jugement du tribunal pour enfants, à ma tante honteuse d'avoir un garçon qui les aime, d'autres secrets certainement bien gardés, je nage entre les autres, je fais danser marie-jeanne, je flotte et je sniffe mon remède dans la peau du coup là où il fait chaud se caler.
le sourire aux lèvres, le coeur léger, je refoule les larmes de ma quiétude sur les rails du retour. ça commence à bien faire de tout gérer par les yeux. je m'endors, le coeur léger, je ne suis pas tout à fait revenue, je flotte dans ces instants simples qui nous vengent de cette enfance ébranlée. le coeur léger.
16 mars 2008
Toi le frère que je n'ai jamais eu
ta tête là sur mon écran en haute résolution, de la voir quand la photo s'est affichée ça m'a fait un choc. après toutes ces années où je t'ai laissé mourir, où je n'ai frôlé que le souvenir de toi, mais de pas trop près pour ne pas me brûler. toutes ces années où tu as compté sans exister ou tu as existé sans compter.
et ta tête sur mon écran. digne, droit, étonné et prêt à la fois. ta tête sur mon écran.
tu n'as pas changé. d'ailleurs même tu te ressembles plus que ces quelques autres fois où j'ai pu t'apercevoir sur des murs ou dans des cadres, en uniforme ou fusil au poing, lors de déjeuners du dimanche. tu as retrouvé ton regard angélique, ta bouche pulpeuse et les traits détendus. comme quand on se connaissait.
je suppose que la paternité t'a adouci, a détrôné la guerre et la violence de tes objectifs de vie. je suppose que ta femme aussi. je suppose.
ta tête sur mon écran. comme un éclair en pleine nuit a déchiré mon ventre quand elle s'est affichée. il ne s'agissait pour une fois pas d'une photo officielle collée par hasard sous mon regard, mais de toi dans ma famille, dans notre famille.
j'avais oublié que nous étions de la même famille, avant. j'avais oublié que nous avions grandi ensemble, que tu te serrais souvent contre moi dans mon lit, que nous faisions alliance contre le reste, que tu étais mon frère, mon modèle. que j'étais ton unique sœur parmi les autres.
tu es devenu petit à petit un souvenir lointain, une rumeur, un ancien qui avait fait partie de l'avant. le jour où tu m'as dit que tu n'étais plus mon frère, je crois que c'est parce que tu ne voulais plus que je sois ta sœur. chaque fois que je t'ai croisé depuis j'ai fait comme si tu étais un inconnu. chaque fois qu'on me demande à propos de mes frères et sœurs, je te compte mais je t'oublie. chaque fois tu fais partie des morts, dans un cadre sur le buffet qui prend la poussière.
ta tête sur mon écran me rappelle le contraire. ta tête au milieu de celles des autres me montre qu'ils sont restés ta famille, au moins un peu plus que moi. que je ne suis rien, même pas la tante de ton gamin, même pas la belle-sœur de ta femme, peut-être juste celle à qui on pense, peut-être juste.
tu n'es pas devenu ornithologue, tu n'as pas sauvé le monde, tu ne m'as pas épousée. tu es juste parti et tu m'as laissée.
ta tête sur mon écran appuie sur une cicatrice jamais guérie et fait suinter mes yeux. je voudrais te regarder, te lire, te deviner, te toucher et t'embrasser. je voudrais te cajoler, communier et te respirer. plus rien de ça n'arrivera, je dois faire le deuil de mon frère pas mort ni enterré.
14 mars 2008
Nobody's perfect
il m'ennnnnneeeeerve!
je fais la gueule parce que je suis énervée d'un truc et il a le comportement parfait
ça m'ennnnnnneeeerrrvvveee
il peut pas être con comme tout le monde que j'aie une raison de m'énerver?
ça m'enneeeeeerve!
La vie, l'amour, les vaches
après avoir bien fait chier tout le monde avec "quoi?? tu vas mâter la nouvelle star et manquer ce superbe film lesbien suédois sur arte? t'es vraiment qu'une quiche sans intelligence, ni cœur ni rien du tout de bon à l'intérieur de toi, sans déconner critiquer le système et l'alimenter alors ça si c'est pas nul!" je me suis vautrée devant la nouvelle star. (oui mais moi c'est pas pareil, j'ai le dvd de fucking amal) (etpuis c'est parce que l'homme voulait regarder) (mais il est pas resté il est allé jouer à la guerre sur le pécé) (il écoutait juste) (bein oui tu comprends il a une éthique lui, il aime pas la télé alors il la regarde surtout pas, il l'écoute juste)
j'étais donc vautrée sur le canapé aubergine emmitouflée dans une couette qui pue le chien mouillé avec le boudin de chien qui sentait la couette, le tout avec ma meilleure amie au demeurant marie-jeanne quand j'ai réalisé que mes observations fort intéressantes et sarcastiques restaient sans réponse. il me manquait quelque chose: cette sale pute de johanna sa race qui laisse des commentaires de merde pour dire à tout le monde que je suis pas musclée du périnet. salope! (c'est pas ma faute si je ne suis musclée de nulle part! moi l'effort j'aime pas ça!). alors j'ai pris mon portable et je lui ai envoyé un texto pour lui dire qu'elle me manquait cette conne. un grand cri du coeur quoi.
la réponse ne s'est pas faite attendre: toi aussi tu me manques, ta place est devenue unique dans ma vie.
j'ai d'abord souris, par réflexe. et puis j'ai pesé le vrai sens du mot "unique" dans l'absolu, dans sa vie et dans sa tête. et je me suis mise à pleurer. ho pas des grands flots comme ce qui tombait depuis quelques jours dans les rues de bordeaux non. mais de ces larmes arrachées par les livres de danielle steel.
qu'est-ce que j'ai pu être amoureuse de cette fille. au point que ça a failli tout foutre en l'air entre nous. alors ça peut paraître étrange que je larmoye aujourd'hui (enfin plutôt hier soir) comme une jeune jouvencelle mais il y avait dans cette déclaration comme une reconnaissance que j'avais toujours espérée. et surtout comme un pied de nez à tout le noir que j'ai pu avaler. comme une cicatrice bien refermée qui laisse la peau bronzer sous le soleil de cette amitié.
(putain c'est beau, je vais l'envoyer à marc levy)
(merde j'ai mangé tout mon pain avant même d'avoir ouvert mon fromage frais à tartiner, comment j'vais faire? bon bein à la langue alors)
