Je déteste l'espoir

Il m'a toujours vomie, il m'a toujours fait boire, m'a toujours endormie

16 mars 2008

Toi le frère que je n'ai jamais eu

ta tête là sur mon écran en haute résolution, de la voir quand la photo s'est affichée ça m'a fait un choc. après toutes ces années où je t'ai laissé mourir, où je n'ai frôlé que le souvenir de toi, mais de pas trop près pour ne pas me brûler. toutes ces années où tu as compté sans exister ou tu as existé sans compter.

et ta tête sur mon écran. digne, droit, étonné et prêt à la fois. ta tête sur mon écran.

tu n'as pas changé. d'ailleurs même tu te ressembles plus que ces quelques autres fois où j'ai pu t'apercevoir sur des murs ou dans des cadres, en uniforme ou fusil au poing, lors de déjeuners du dimanche. tu as retrouvé ton regard angélique, ta bouche pulpeuse et les traits détendus. comme quand on se connaissait.

je suppose que la paternité t'a adouci, a détrôné la guerre et la violence de tes objectifs de vie. je suppose que ta femme aussi. je suppose.

ta tête sur mon écran. comme un éclair en pleine nuit a déchiré mon ventre quand elle s'est affichée. il ne s'agissait pour une fois pas d'une photo officielle collée par hasard sous mon regard, mais de toi dans ma famille, dans notre famille.

j'avais oublié que nous étions de la même famille, avant. j'avais oublié que nous avions grandi ensemble, que tu te serrais souvent contre moi dans mon lit, que nous faisions alliance contre le reste, que tu étais mon frère, mon modèle. que j'étais ton unique sœur parmi les autres.

tu es devenu petit à petit un souvenir lointain, une rumeur, un ancien qui avait fait partie de l'avant. le jour où tu m'as dit que tu n'étais plus mon frère, je crois que c'est parce que tu ne voulais plus que je sois ta sœur. chaque fois que je t'ai croisé depuis j'ai fait comme si tu étais un inconnu. chaque fois qu'on me demande à propos de mes frères et sœurs, je te compte mais je t'oublie. chaque fois tu fais partie des morts, dans un cadre sur le buffet qui prend la poussière.

ta tête sur mon écran me rappelle le contraire. ta tête au milieu de celles des autres me montre qu'ils sont restés ta famille, au moins un peu plus que moi. que je ne suis rien, même pas la tante de ton gamin, même pas la belle-sœur de ta femme, peut-être juste celle à qui on pense, peut-être juste.

tu n'es pas devenu ornithologue, tu n'as pas sauvé le monde, tu ne m'as pas épousée. tu es juste parti et tu m'as laissée.

ta tête sur mon écran appuie sur une cicatrice jamais guérie et fait suinter mes yeux. je voudrais te regarder, te lire, te deviner, te toucher et t'embrasser. je voudrais te cajoler, communier et te respirer. plus rien de ça n'arrivera, je dois faire le deuil de mon frère pas mort ni enterré.

Posté par Dirty Hope à 19:28 - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

soeurs et frères

ce texte est si beau.
et me fait un drôle d'effet,
j'ai du mal à comprendre les réactions de ma belle-soeur, peut-être qu'une partie des réponses à mes questions se trouvent dans ces lignes, moi qui essaie de comprendre, sans savoir ce qu'est un frère.

Posté par peekaboo, 17 mars 2008 à 11:35

poignant... moi qui ne pleurait plus voila que ma gorge est toute serrée...

Posté par barbie, 17 mars 2008 à 12:50

très joli texte... mais si douloureux...
quelle tristesse !

Posté par Princesse Bobo, 17 mars 2008 à 15:50

J'imagine la douleur, si ma soeur ne voulait plus être ma soeur.
Alors j'ai mal avec toi, madame Rocket...même si je me doute que ça ne te sert pas à grand chose.

( Mais au moins, j'ouvre les yeux sur la chance que j'ai.)

Des bises.

Posté par MissTortue, 17 mars 2008 à 18:35

moi j'veux bien être ton frère si c'est pour dormir avec toi ;)
Bisous quand même.

Posté par kundun, 17 mars 2008 à 19:59

et tu lui as dit à ton frêrot tout ça maintenant?
pas forcément pour avoir une réponse mais pour ne pas regretter...
courage miss, un p'tit calin en rab si ça peut te faire un peu de bien...

Posté par pema, 17 mars 2008 à 19:59

Poster un commentaire